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La religion à l’hôpital

Patientes qui refusent de se faire soigner par des médecins hommes, soignants qui portent de manière ostentatoire des signes religieux… La question du fait religieux à l’hôpital fait irruption dans l’actualité. Comment la religion cohabite-t-elle avec l’impératif de laïcité des établissements de soins ? Jusqu’à quel point le consentement du malade est-il nécessaire pour pratiquer un acte médical où le pronostic vital est en jeu ? Comment résoudre les éventuels conflits entre convictions religieuses et législation ? Eléments de réponse avec Isabelle Lévy, spécialiste de la question et auteur, entre autres, de Menaces religieuses sur l’hôpital paru aux Presses de la Renaissance en 2011.

Un peu d’histoire 


Au Moyen Age, les hôpitaux français étaient intimement liés à la religion chrétienne puisqu’ils étaient fondés par l’Eglise catholique et administrés par les membres du clergé. L’hôpital n’est pas encore un établissement de soin tel qu’on le connaît actuellement mais un établissement d’assistance, une œuvre de charité. Cette idée d’assistance est fondée sur les enseignements de l’Eglise (hospitalité, accueil des plus humbles et des plus pauvres, aide envers le prochain…).

Après la laïcisation révolutionnaire, les religieuses ont repris une certaine place dans les hôpitaux  même si les établissements sont restés de la compétence des communes. Avec la loi de 1905 qui établit la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’hôpital est devenu laïc. Et il a progressivement acquis son statut d’établissement de soins.

L’hôpital respecte les convictions religieuses des patients


Respect des croyances
L’hôpital public est un espace laïc. Pour autant, la charte de la personne hospitalisée de 1995 le dit bien : « La personne hospitalisée est traitée avec égards. Ses croyances sont respectées ». La laïcité à la française ne conduit pas au déni de toute croyance religieuse : « Tout établissement de santé doit respecter les croyances et les convictions des personnes accueillies ». Un patient doit pouvoir, « dans la mesure du possible », suivre les préceptes de sa religion.

D’ailleurs, pour le professeur Paul Atlan, gynécologue et psychiatre en charge, depuis 1996, de la consultation (unique en France) « Ethique et religion » à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart,  la religion a bien une place à l’hôpital car on ne saurait demander aux patients de laisser leurs croyances à l’extérieur. Quand il lui arrive de rencontrer des difficultés, il n’hésite pas à rencontrer des référents religieux à l’extérieur de l’établissement pour échanger des points de vue.

Le culte
Tous les hôpitaux doivent disposer d’une équipe d’aumôniers pluriconfessionnelle avec des représentants du culte rémunérés selon la circulaire de 2006 relative aux aumôniers des établissements relevant du livre IX du code de la santé publique : « Ce sont les aumôniers qui ont la charge d’assurer, dans ces établissements, le service du culte auquel ils appartiennent et d’assister les patients qui en font la demande par eux-mêmes ou par l’intermédiaire de leur famille, ou ceux qui, lors de leur admission, ont souhaité déclarer appartenir à tel ou tel culte ».

« Cette fonction peut être assurée, de façon permanente ou temporaire, soit par des aumôniers rémunérés recrutés en qualité de contractuels, soit par des aumôniers bénévoles ».

La circulaire affirme aussi que, dans les établissements de santé, « il est possible de prévoir une salle polyvalente, partagée entre les différentes aumôneries, dès lors qu’il y a un accord entre les aumôniers de différentes cultes ».

Et dans la pratique ? Si les équipes d’aumôniers doivent normalement être pluriconfessionnelle ou s’adapter à  la population reçue, il peut arriver qu’il y ait une prédominance de la religion catholique pour des raisons d’héritage culturel. Parfois, seuls les pratiquants catholiques ont une salle de culte (chapelle, oratoire) ; parfois, seuls les aumôniers catholiques sont rémunérés.

En tout cas, la présence des aumôneries doit être clairement signalée dans le livret d’accueil de l’hôpital. Dans certains établissements, on retrouve même ces informations sur les panneaux d’affichage des différents services.

Le repas
Comment assurer le repas de ceux qui ne mangent pas de porc ? L’hôpital s’efforce de répondre à cette demande en proposant des solutions alternatives. Pour autant, cela n’a rien d’obligatoire et le patient n’a pas toujours le choix de son repas. Pour les patients qui mangent du poisson le vendredi, la question est la même, même si, pour des raisons culturelles, cette pratique est plus entrée dans les mœurs et si les hôpitaux l’ont plus souvent intégrée.

Comment font les pratiquants musulmans ou juifs qui mangent casher ou halal ?  C’est assez difficile car le casher ou le halal exige qu’on ne mange ni certaines nourritures, ni mêmes celles qui ont été touchées  par des nourritures illicites (par exemple, la purée présentée avec  du porc).

Maintenir la laïcité des établissements publics


A la suite du constat de dérives par rapport au respect de la laïcité, la circulaire du 2 février 2005 issue de la Commission Stasi sur la laïcité précise l’application de la laïcité à l’hôpital. La commission avait en effet préconisé « la traduction dans une loi des obligations que les patients doivent respecter ». Mais, comme on va le voir, ces obligations ne concernent pas que les seuls patients.

Les obligations des patients
Les convictions religieuses compliquent parfois l’impératif de soins de l’hôpital : Isabelle Lévy, dans son ouvrage Menaces religieuses sur l’hôpital, raconte des anecdotes sur les refus de soin de la part des patients. L’auteur cite par exemple le cas de patients refusant qu’un personnel masculin entre dans leur chambre pour des questions de pudeur, celui de femmes musulmanes souhaitant accoucher en burqa en dépit de règles d’hygiène de base, celui de femmes juives refusant de tirer leur lait pendant le jour du shabbat, celui des femmes (ou de leur mari) refusant qu’elle soient examinées par un médecin homme, celui de patients catholiques refusant tous les traitements antalgiques, etc. Les différentes disciplines médicales, les différentes religions  peuvent donc être concernées mais ces anecdotes ne sont toutefois pas légion.

Respecter ses croyances ou ses pratiques religieuses ne doit pas aller à l’encontre de sa vie ni de son intégrité physique ou morale. Autrement dit, il faut distinguer ce qui est du domaine de la consultation de ce qui est du domaine de l’urgence. Un patient peut émettre le souhait d’être examiné par un médecin femme mais, s’il y a urgence, de longues discussions qui mettent en jeu la vie des patients ne peuvent être acceptées.

Autrement dit, à l’hôpital, la libre pratique du culte est donc garantie tant que l’expression des convictions religieuses ne porte atteinte ni à la qualité des soins et aux règles d’hygiène, ni à la tranquillité des autres hospitalisés, ni au fonctionnement du service, ni à la planification des équipes de personnels.

Les obligations des personnels
Certains personnels ne respectent pas toujours l’obligation de neutralité des agents publics. Cette obligation concerne la tenue vestimentaire (couvre-chef comme la kipa ou le voile ; bijou comme la croix, l’étoile, etc.), les actes et les paroles. Autant dire qu’interdiction est faite de faire du prosélytisme. Le personnel doit répondre aux patients et à leurs proches sur un plan professionnel (et non par rapport à des convictions personnelles) ou orienter vers les aumôniers et autres référents religieux.

 

 

Les insuffisances de la circulaire sur la laïcité

Formatrice et conférencière spécialisée dans les cultures et religions face aux questions sanitaires et sociales, Isabelle Lévy est l’auteur, entre autres, de l’ouvrage « La religion à l’hôpital ». Selon cette spécialiste, la circulaire encadrant la laïcité à l’hôpital n’est pas assez mis en application. Et cela pose des difficultés aux professionnels de santé.

Décision santé : La circulaire de février 2005 relative au respect de la laïcité à l’hôpital public permet-elle de résoudre les problèmes rencontrés sur le terrain ?

Isabelle Levy : Cette circulaire donne la bonne conduite à tenir, vis-à-vis des personnels, des patients et des familles. Mais cela reste un rappel, non une loi. Dans ce contexte, beaucoup d’établissements ne se donnent pas les moyens de la respecter. Ils laissent certains personnels afficher leur pratique religieuse, ne fixent pas clairement les limites à donner aux patients et aux familles dans leur pratique religieuse à l’hôpital. Les encadrants ou les directions n’interviennent donc pas dans un certain nombre de cas : prosélytisme de la part de personnels, port de signes religieux, absence de respect de certaines consignes d’hygiène ou de soins par rapport à leur lien religieux de la part des patients et des familles. J’ai l’impression que parce qu’il n’est pas soutenu par sa direction, le personnel se sent souvent démuni vis-à-vis des patients et des familles, notamment par peur des représailles, parce qu’il y a énormément d’agressivité à l’hôpital. Si les professionnels ne savent pas toujours comment se situer, c’est parce que cette circulaire est souvent méconnue et qu’on ne donne pas de cadres précis aux équipes sur ce qu’ils ont le droit ou pas de faire. En outre, il y a souvent une absence de cohésion d’équipe.

DS : Quelle est la solution à cette situation ?

I.L : Il faudrait d’abord une meilleure connaissance des règles laïques par l’ensemble des personnels, aussi bien soignants qu’administratifs, à tout niveau hiérarchique. En outre, je pense qu’il convient d’arrêter de négocier avec les patients et leurs familles sur les prises en charge. Si l’hôpital peut répondre favorablement à une demande précise liée au respect d’une religion, il le fait. Mais en cas d’urgence ou d’impossibilité d’adapter la prise en charge, si le patient refuse un soin, une demande d’hygiène, nous devons réexpliquer : « Attention, c’est pour votre sécurité, des questions d’hygiène ». Si le patient ne change pas d’avis, les soignants doivent signer son refus de soins.

DS : Pourquoi ces incidents dont vous vous faites l’écho au sujet de l’application de la laïcité à l’hôpital remontent-ils si peu jusqu’aux instances concernées, notamment l’observatoire de la Laïcité ?

E.L : Parce que l’hôpital n’a pas envie de faire savoir, aux médias ou au public, que le problème est prégnant de jour en jour. En revanche, j’observe que de plus en plus de d’établissements mettent en place, aux urgences ou dans d’autres services, des affiches à l’entrée à l’attention des patients et des familles pour dire : « Attention : dans notre service, nous avons du personnel mixte et vous ne pourrez pas choisir d’être uniquement pris en charge par du personnel de votre sexe, parce que nous ne le pouvons pas. Si vous n’êtes pas d’accord avec cela, nous ne pouvons pas accepter votre inscription ». Cela signifie que des professionnels et des directions prennent les choses en main.

D.S : Les professionnels comme les patients sont-ils assez informés au sujet de cette circulaire ?

I.L : Il existe une double problématique. Nombreux sont les fidèles qui ne connaissent pas bien quelles sont les règles de leur religion face à la maladie et ne sauront pas réagir face à une demande de soins qui leur semble contredire leurs préceptes. Mais nombreux sont aussi les personnels qui n’ont pas le réflexe de contacter un aumônier de la religion du patient pour lui faire entendre raison. Or, depuis 1905, nous avons des équipes d’aumônerie pluriconfessionnelles dans les établissements hospitaliers. En effet, si certains professionnels ont des formations théoriques sur la religion, il s’agit d’exposés non adaptés à des cas pratiques. Il y a un manque de formation absolu chez l’ensemble des personnels soignants et médicaux.

Frédérique Josse
Journaliste à « Décision Santé »

 

  

La Sécurité Sociale, manne financière des religions

(Extrait de « Menaces religieuses sur l’hôpital », Presses de la Renaissance, 2011.)

 

Le trou de la Sécurité sociale, tout le monde en parle sans que jamais un média, un politique, un médecin ne mentionne que des pratiques religieuses ou traditionnelles le creusent chaque année ! Permettez-moi de vous en faire la démonstration par l’exemple. 

L’honneur des familles repose sur l’hymen[1] de leurs filles

« Pour la première fois en 2004, des médecins ont levé l’omerta en publiant une lettre ouverte intitulée ‘‘Gynécologue obstétricien, laïque et fier de l’être !’’ Ils appelaient leurs confrères au refus des demandes de réfection de l’hymen. ‘‘Faut-il faire prendre les risques, même minimes, d’une intervention chirurgicale, pour le simple désir de respecter la coutume du drap sanglant exposé au lendemain d’une nuit de noces ?’’, s’interrogeaient-ils. […] ‘‘Nous voulons frapper un grand coup, affirme le professeur Israël Nisand, chef de service à Strasbourg […]. Nous ne pouvons plus tolérer une pratique qui participe à un système d’assujettissement honteux. Dans certaines cultures, les hommes ont placé leur honneur entre les cuisses des femmes pour mieux les ramener au rang d’objet. Un médecin n’a pas à prêter la main à cette démarche, au risque de la cautionner.’’

« Au mouvement du Planning familial, bastion du féminisme, le discours est pourtant beaucoup plus nuancé. ‘‘Lorsque les femmes nous appellent, elles cherchent une adresse coûte que coûte, raconte une permanente. Nous leur proposons d’abord de venir nous rencontrer pour en discuter. La plupart sont les premières à dire que leur démarche les gêne. Mais au final, elles changent rarement d’avis. Et cela nous renvoie, à nous militantes, la question : c’est quoi être féministe aujourd’hui ?’’

« Cette question, le Dr Marie-Laure Bréval se la pose elle aussi. Gynécologue depuis vingt-deux ans à la maternité des Lilas près de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), elle a participé à tous les combats féministes et copréside 1’Ancic (Association nationale des centres d’interruption grossesse et de contraception). Pourtant elle a décidé, après mûre réflexion, de réparer les hymens. ‘‘Bien sûr que je juge cet acte inadmissible, mais il ne s’agit pas de moi ! s’exclame-t-elle. Celles qui viennent me voir sont pour la plupart des femmes conscientes de répondre à la pression de leur milieu. Il leur faudrait le quitter, et elles ne s’en sentent pas capables. Mon refus ne ferait pas avancer leur prise de conscience qui existe déjà, il ne ferait que les exclure d’un milieu où elles ont choisi de rester.’’

« Le Dr Bréval reçoit environ deux femmes par mois pour cette intervention qui dure moins d’une heure, sous anesthésie locale, et ne présente, selon elle, aucun risque. ‘‘Je suis médecin, pas juge. Je défends le droit des femmes au libre accès à l’IVG. Comment pourrais-je accepter, dans un cas, de ne pas juger, et dans l’autre de choisir à la place de la femme ? Notre culture à nous tolère bien qu’une femme se fasse remodeler les seins, au nom d’une demande machiste.

« En 2004, l’Ordre des médecins a interdit la pratique des certificats de virginité, souvent réclamés avant un mariage. Doit-on aussi interdire les réfections de l’hymen, au nom de la laïcité? ‘‘Je ne crois pas qu’il faille une interdiction, tempère le professeur Nisand. Si des confrères estiment que la vie d’une femme est mise en danger, alors qu’ils recousent, mais gratuitement. Les prix pratiqués aujourd’hui sont tout simplement honteux.’’

« Dans le privé, les tarifs varient, en effet, de 500 à 1100 €, non remboursés par la Sécurité sociale, bien sûr. Dans les hôpitaux publics, les équipes s’arrangent pour inscrire l’intervention en ‘‘soins obstétriques’’, facturés 50 € environ, remboursés, cette fois, à 65 %. Avec une autre question à la clé : l’assurance maladie a-t-elle vocation à prendre en charge les interventions de convenance pour raison religieuse ou culturelle ? […].[2] » Là est la vraie question, autant pour les réfections d’hymen, les circoncisions rituelles et les procréations médicalement assistées où Dame Nature suffirait à l’affaire si les religions évitaient d’y mettre leur grain de sel.

Être vierge au mariage, c’est pour la plupart des jeunes filles une tradition remisée au grenier de leurs grand-mères. La preuve : dans les magasins spécialisés, il est plus facile de faire son choix parmi des robes de couleur champagne que blanche. Toutes les religions prêchent la chasteté pendant le célibat, les relations sexuelles hors du mariage étant illicites pour les filles autant que pour les garçons ! Par contre, dans des familles traditionnelles musulmanes (cet usage a été abandonné de longue date par le judaïsme et le christianisme), le contrôle de la virginité de la mariée le soir de ses noces a encore lieu comme nous le confirme l’association Femmes d’Aujourd’hui : « Dans les pays du Maghreb, il existe encore une pratique appelée le “mouchoir”, le “drap” ou aussi le “pantalon”, qui consiste lors du premier rapport sexuel à mettre un tissu qui sera taché du sang de la mariée si elle est encore vierge. Cette “preuve” est ensuite montrée à tous les convives et l’honneur est ainsi sauf pour la famille et belle-famille. La barbarie d’un tel acte n’est plus à prouver, d’autant plus que la jeune fille qui n’a pas saigné (pour différentes raisons) est traitée inhumainement et condamnée.[3] » Ce témoignage le réaffirme : « Une de mes amies n’a pas saigné la nuit de ses noces, et son mari l’a répudiée devant tous les invités. Elle était à moitié nue, au milieu de nous, c’était terrible, raconte Amina. Elle ne s’en est jamais remise, elle s’est suicidée peu de temps après. Il faut dire que toute sa famille s’était détournée d’elle.[4] »

Quant à la virginité des jeunes hommes, jamais elle ne sera protégée par les siens ou examinée le soir de ses noces. Les familles y sont moins attachées même si « ceci n’est pas en accord avec l’islam recommandant la chasteté du jeune homme et la virginité de la jeune fille pour préserver les deux sexes de la fornication et de la débauche. Néanmoins, la virginité n’est pas une condition au mariage. » (Recteur Khalil Merroun) : selon le Coran, si le marié découvre que la jeune épouse n’est pas vierge et ne le divulgue à quiconque, Allah les envelopperait de sa protection… Epouser une vierge reste cependant une recommandation du Prophète Mohammad à laquelle une majorité de musulmans, traditionnels ou non, s’accroche fermement.

Cette tradition du “drap” n’est pas en cours de disparition dans de nombreuses familles, loin s’en faux. Les divers sites sur le net où fleurissent témoignages, demandes d’informations, recherches d’adresses l’attestent comme les personnels de santé et les acteurs sociaux, régulièrement sollicités à ce propos. La réfection d’hymen est devenue une des obligations à remplir lors des préparatifs de son mariage parallèlement à la liste des invités à établir, le voyage de noces à choisir, la publication des bans à solliciter, l’achat de la robe de mariée à planifier, le traiteur à réserver, etc.

A une jeune femme venant consulter pour une réfection d’hymen, le chirurgien présentera ces deux solutions :

- Si le futur marié est l’homme qui l’a déflorée, une infirmière lui fera un prélèvement sanguin la veille de son retour au pays. Dans un tube, le sang sera mélangé avec un anticoagulant. Lors de la nuit de noces, le moment venu, elle le versera sur le drap. Au cours de son inspection par les mères des mariés, la supercherie pourra difficilement être démontrée.

- Si le futur marié n’est pas l’homme qui l’a déflorée, le chirurgien lui proposera (sous anesthésie générale ou locale selon le cas) soit de lui recoudre son hymen si des éléments de la membrane subsistent, soit de mettre en place des fils de catgut dont la présence entraînera un saignement lors de la première pénétration pelvienne. La cicatrisation sera assez rapide (quinze à vingt jours). Le nouvel hymen subsistera jusqu’à la prochaine pénétration. L’utilisation de protections internes (tampons avec ou sans applicateur) pendant les règles est à proscrire jusqu’à la défloration maritale.

Le prélèvement sanguin ne coûte quasiment rien à la collectivité : il est souvent effectué dans l’anonymat d’un box, sans trace administrative et souvent à titre gracieux. Du moins, c’est ce dont j’ai été témoin plusieurs fois lors de ma carrière hospitalière. Si la ‘‘patiente’’ passe à la caisse, cela lui revient à quelques euros. Pas de quoi casser une tirelire ou fermer un livret A.

Par contre, il n’en est pas de même pour l’intervention chirurgicale nécessitant des personnels multidisciplinaires, un bloc opératoire, du matériel à usage unique, un lit d’hospitalisation pour quelques heures ou une journée selon le type d’anesthésie, etc. Tout à un coût. Même la santé. Beaucoup l’oublie. En France, il suffit de présenter sa carte vitale ou de CMU pour être pris en charge. Cela ne signifie pas que l’assurance maladie ne règle pas la note après coup ! Rappelons que l’Assurance maladie, c’est nous, citoyens, qui la budgétisons par nos cotisations mensuelles. Alors, n’en abusons pas et utilisons là à bon escient. C’est loin d’être un puits sans fond. D’ailleurs, il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’eau à puiser… 

 

Revenons à cette ‘‘intervention’’. Il nous bien faut l’appeler ainsi puisque c’est un acte médical exigeant une prise de risque. Là encore, insistons sur ce point : le risque zéro n’existe pas en chirurgie… même esthétique et reconstructive. 

Comme cette intervention n’a aucune justification médicale, des chirurgiens refusent de la pratiquer (comme les circoncisions rituelles, nous le verrons prochainement). D’autres en font leur fond de commerce et en profitent pour s’enrichir comme cela est justement décrié dans l’article précédemment cité. Ils viennent au secours de la belle, souvent dans des temps très limités et se croient dans leur plein droit de les faire payer royalement… en espèces, généralement. Après tout, rien n’oblige ces demoiselles à accepter leurs prix prohibitifs comme cette tradition du ‘‘drap’’ barbare, impudique et irrespectueuse de leur intimité.

Ce qui me met plus encore hors de moi, c’est lorsque des chirurgiens repassent la facture à la Sécurité sociale, c’est-à-dire à la collectivité, plus précisément à ‘‘nous’’. Pourquoi demain on ne nous ferait pas prendre en charge financièrement l’achat de préservatifs, de sex toys, de billets de salles de cinéma X, etc. ? Je vous choque. Il n’y a pas de quoi : la réfection d’hymen comme l’achat de ces petits plaisirs ne figurent pas sur la nomenclature de la Sécurité sociale. Pourquoi la première serait-elle passée en douce sur ses comptes et pas les autres ? Le trou ne serait plus à quelques centaines d’euros près par an ? Savez-vous que chaque service de gynécologie-obstétrique enregistre annuellement au minimum une dizaine de demandes[5] ? Certaines infirmières m’ont confiée que c’était le chiffre hebdomadaire de leur service ! Si vous me permettez de tenir quelques comptes d’apothicaires cela ferait 3 650 réfections d’hymen par an par établissement. Rien que cela. A 50 euros l’acte (je vous fais la grâce des frais d’anesthésie et des frais de séjour en ambulatoire, je reprends strictement le montant noté dans l’article), cela fait un coût minimum de 182 500 euros. Vous multipliez le tout par le nombre de services de gynécologie – obstétrique en activité dans notre pays et vous avez au final une enveloppe au montant vertigineux. Ne croyez-vous pas que nous avons bien d’autres pathologies à prendre en charge plus dignement que la réfection d’hymen ? Cancer, maladie d’Alzheimer, accident vasculaire cérébral et j’en passe tant la liste est longue.

Il est vrai, souvent ces demoiselles sont au bord du malaise lorsque les services sociaux leur refusent ce qu’elles estiment être en droit d’obtenir gratis, au nom de leurs traditions, de l’honneur de leur famille, du respect de leurs parents, pour ne pas que leur mère est une attaque, pour que leurs frères et leurs cousins ne leur fassent pas la peau… C’est à se demander comment elles n’ont pas pensé à tout cela avant de succomber à la tentation charnelle ? Pourquoi n’ont-elles pas prévu un petit bas de laine pour parer à la dépense le moment venu ? Pourquoi la collectivité doit-elle venir au secours de l’individu alors que l’individu lui-même s’oublie aux moments les plus opportuns ?

Combien j’ai vu d’assistantes sociales, d’infirmières, de responsables de centres de plannings familiaux s’évertuer à remuer ciel et terre pour leur décrocher une prise en charge financière ? Je me souviens de l’une d’elles m’avouant se trouver devant un véritable dilemme budgétaire : soit elle réglait la note d’une réfection d’hymen pour une jeune fille, soit elle permettait à plusieurs familles nécessiteuses de boucler leur fin de mois pour nourrir décemment leurs enfants. Si vous deviez faire un tel choix, lequel serait le vôtre ?

 

Peut-être que la réfection d’hymen sera bientôt plus d’actualité grâce au ‘‘génie jaune’’ ! En effet, depuis quelques mois, un hymen artificiel, assurant simuler ‘‘la première fois’’, est commercialisé par une société chinoise dans les pays musulmans et il y fait fureur. « Quèsaco ? Une petite poche translucide de quelques centimètres de large contenant du liquide rouge placée à l’intérieur du vagin environ vingt minutes avant le rapport sexuel. Sous l’effet de la chaleur corporelle, la membrane se dilate et, lors de la pénétration, une sensation de défloration est ainsi recréée, le liquide rouge se répand, imitant la rupture de l’hymen et tachant de quelles gouttes les draps. Le tour est joué pour une somme modique.[6] » Vingt euros environ. Vendu sur internet. Envoi discret assuré.

 

Que dire de ces jeunes filles, bien plus nombreuses que vous ne pourrez l’imaginer, qui choisissent de s’adonner à la sodomie pour préserver intact leur hymen pour le jour J ? Que penser des dommages corporels de cette pratique à outrance ? Faut-il rappeler que la virginité exigée par les religions concerne toute forme de rapport sexuel ? C’est-à-dire qu’aucune intromission n’est autorisée. Absolument aucune. On se joue de quoi ? On ment à qui ? A soi-même avant de mentir à ses proches et à son futur conjoint ? Telle cette jeune musulmane, étudiante infirmière, qui avoue face à sa promotion avoir subi plusieurs interruptions volontaires de grossesse. « Le Coran ne s’y oppose pas puisqu’il y est écrit que l’âme est insufflé dans l’embryon à partir du centième jour. » Mais avant, c’est quoi, sinon un amalgame de cellules humaines d’un petit être en devenir ? Je reste toujours sidérée lorsque de prétendus croyants osent puiser dans les textes sacrés pour se disculper de leurs actes dommageables. Que pense le Ciel de tout cela ?

Comment concevoir que cette famille juive a exigé de leur fille qu’elle avorte pour que son ventre ne soit pas rond le jour de ses noces ? Pourtant le mariage juif n’est pas interdit dans une telle situation (je n’ai pas écrit qu’il l’encourageait). Ses parents étaient sans aucun doute plus attachés au « Qu’en dira t’on ? » qu’au respect du commandement divin interdisant le meurtre[7].

Comment imaginer l’avenir de cette jeune catholique, envoyée loin des siens les derniers mois de sa grossesse et contrainte d’abandonner son enfant à la naissance si elle voulait être de nouveau acceptée parmi sa famille ? Etc.

Non, ces tranches de vie ne datent pas des années cinquante. Elles mettent en scène des femmes d’aujourd’hui, vivant en France, à nos côtés, peut-être sur notre palier. Et peu importe les avancées sociales et sanitaires de notre pays au XXIe siècle, leur entourage n’en a cure. Les voies du Ciel seraient-elles aveugles devant de telles exactions ?

 

Une circoncision n’est pas un phimosis

Dans le cas d’un phimosis (étroitesse du prépuce empêchant de découvrir le gland) ou d’un paraphimosis (étranglement du gland par le prépuce), la circoncision est pratiquée sous anesthésie locale ou générale par un chirurgien comme moyen thérapeutique. Prévue par la nomenclature de la Sécurité sociale (K 30), elle est prise en charge à 100 %... ce qui ne doit aucunement être le cas pour une circoncision ‘‘rituelle’’, l’état de santé de l’enfant ou de l’adulte prosélyte n’étant pas en cause. Seul le désir de respecter un rite religieux ancestral motive ce geste chirurgical.

 

Accepter que cet acte soit effectué dans un milieu hospitalier doit être considéré comme une action de santé publique par le respect des règles d’hygiène, l’anesthésie, la prise en charge de la douleur, etc. Nul ne peut s’y opposer pour éviter la mise en danger de la vie d’autrui. Pourtant, de trop nombreuses affaires sont rapportées devant les tribunaux. En voici une, parmi beaucoup d’autres, rapportée par le blog « Français de France » datant de 2010 : « A Tourcoing, des parents désiraient faire pratiquer la circoncision rituelle à leur enfant pour en faire un ‘‘bon musulman’’. Ils s’adressent à Mazen M. qui leur est recommandé par une mosquée. Mazen M. pratique couramment des circoncisions qu’il fait payer environ 150 euros. Dans la salle à manger, il opère ainsi dans l’après-midi du 19 janvier. Le bébé de 15 jours se vide doucement de son sang. Le père emmène à toute vitesse le bébé, vers 23 h, aux urgences : on sauve de justesse Ahmed qui ne bougeait déjà plus. »

Pour éviter que de tels drames se reproduisent, les portes des hôpitaux publics doivent absolument s’ouvrir pour que les circoncisions rituelles puissent y être pratiquées par des chirurgiens diplômés. Par contre, les frais engagés doivent rester en totalité à la seule charge des parents ou de l’adulte prosélyte. Il en était ainsi dans les années 80 où les parents mettaient de l’argent de côté pendant des années la somme nécessaire pour régler la journée d’hospitalisation. Parfois, la famille entière se cotisait pour dégager de la dépense le père de l’enfant auquel revenait de régler les frais engagés par les festivités. Alors, aucune demande de prise en charge par la collectivité et chacun s’en portait très bien : les parents, les enfants et les deniers de l’Etat. Il n’en est plus ainsi depuis près de vingt ans ! Dans quasiment toutes les régions de France, la plupart des médecins font passer cet acte religieux sous couvert d’une intervention chirurgicale nécessitée par l’état de santé du bénéficiaire. Qui paie les conséquences de ces faux en écriture ? La Sécurité sociale. A quand le règlement des frais engagés pour les baptêmes, les cérémonies de nomination et pourquoi pas les mariages aux frais de la Sécu ? Désolée si cela vous fait sourire, ces différents points sont exactement du même acabit !

Vous penserez sans doute que tout cela résulte des délires d’une femme irréfléchie. Absolument pas. Pour preuve, les propos publiés par le site internet www.islamenfrance.fr : « Pour pouvoir bénéficier du remboursement de l’intervention chirurgicale, nombre de parents, qu’ils soient juifs[8] ou musulmans, mentent[9]sur les raisons pour lesquelles ils font circoncire leur enfant. La combine est classique : on se rend chez un spécialiste réputé pour ce genre d’intervention, on lui fait part du souhait de faire circoncire son enfant et on prend rendez-vous pour une opération chirurgicale en milieu hospitalier. Le chirurgien, complice de la fraude, précise dans le dossier médical que l’enfant souffre d’un phimosis (argument maître). Et le tour est joué : l’intervention ne coûtera pas un sou à la famille, puisque c’est l’Etat, via l’assurance maladie, qui la prendra en charge.

La manœuvre est tout aussi malhonnête que choquante, même si banalisée : la circoncision est un acte motivé par des raisons religieuses. Qui dit religion dit morale[10]. Qui dit morale dit détestation du mensonge. Comment donc peut-on raisonnablement, toute honte bue, se réjouir d’accomplir un acte religieux tout en recourant à des pratiques malhonnêtes ?[11]Cette fraude est d’autant plus injustifiable qu’il est possible – certes pas partout en France – de faire circoncire son enfant chez un spécialiste, dans son cabinet, sans hospitalisation pour environ 150 euros. On est loin des 1 000 euros et plus de l’intervention chirurgicale à l’hôpital. 150 euros qui sont très rapidement couverts par les dons des proches lors du repas festif qui suit la circoncision. » Inutile aux parents de jouer au chat et à la souris, des autruches par milliers veillent sur leurs pratiques mensongères et les caisses de l’Etat français (laïc depuis 1905 !) déboursent, encore et encore, des millions d’euros chaque année pour la bonne dispensation des rites dans la communauté musulmane ! 

Dans cette affaire, ce que je trouve franchement inadmissible, en dehors du fait que chirurgiens, équipes soignantes et administrations hospitalières sont les complices silencieux de cette véritable fraude à l’Assurance maladie, c’est que jamais aucun responsable des services de veille sanitaire ne s’inquiète de ces vagues d’épidémies de phimosis à la veille des différentes périodes de vacances scolaires !!! Etre aveugle, sourd et muet est l’attitude adoptée par tous les partis. Y compris de ceux qui sont payés par l’Etat pour que cessent les abus.

Parallèlement, on ne peut taire le fait que de plus en plus de chirurgiens refusent de pratiquer des circoncisions rituelles. En cas de suites opératoires délicates, ils pourraient être poursuivis pour avoir effectué un acte non nécessaire à la santé de l’enfant conformément au Code de déontologie médicale : « Aucune intervention mutilante ne peut être pratiquée sans motif médical très sérieux.[12] » Reconnaissons qu’en agissant ainsi, ils prennent délibérément le risque que l’acte soit effectué loin de tout environnement médical comme nous le précisions précédemment. D’où les raisons pour lesquelles j’insistai en tête de ce chapitre pour que les circoncisions puissent être effectuées dans le cadre hospitalier mais aux frais des familles.

Permettez-moi de vous exposer un cas (anecdotique) de refus de soins par conviction religieuse venu étayer la thèse de doctorat en droit du Docteur en médecine Carol Jonas : « […] la mère de trois jeunes enfants d’origine israélite, âgés respectivement de sept, six et cinq ans, décide de les faire opérer d’un phimosis sans que le père ait pu faire valoir son accord ou son désaccord. Selon l’arrêt, il semble que l’intervention était justifiée par des raisons médicales et non religieuses. Le père, contrairement à ce que pourrait faire penser sa confession israélite, ne souhaitait pas que cette intervention eût lieu, probablement en mémoire des persécutions dont ses coreligionnaires avaient été l’objet durant la seconde guerre mondiale. Voici soulevée […] la possibilité d’un refus de soins justifié en raison de principes uniquement d’ordre religieux. […] Aurait-on pu engager la responsabilité du père s’il avait empêché que l’intervention ait lieu et que des dommages en soient résultés pour les enfants ? Quelle attitude le chirurgien aurait-il dû prendre face à un refus justifié en raison de convictions religieuses, alors même que le geste était nécessaire pour le sujet lui-même qui s’opposait à l’acte ? Autant de questions, […] qui ne trouvent pas de réponse immédiate. Chaque cas d’espèce est différent et doit être traité en fonction d’éléments de réponse concernant à la fois la déontologie médicale, l’urgence et les conséquences pour les tiers.[13] »

 

Dans le judaïsme, les circoncisions sont effectuées par des membres de la communauté (et non pas dans les établissements publics de santé comme le précisait à tort les propos relevés dans le site www.islamenfrance.fr). Le docteur Aharon Altabé nous en rappelle les grands principes : « En pratique, la plupart des enfants nés à terme et de poids supérieur à 2,7 kg sont aptes à être circoncis dès le huitième jour, même après une césarienne, pour peu que la jaunisse physiologique soit en cours de disparition. La notion d’infection, de séjour prolongé en incubateur, de chute pondérale importante non compensée, ou d’une affection quelconque doit amener, après consultation du mohel, à repousser la brit-milah (de l’hébreu, circoncision) […] On doit bien veiller à ne pas circoncire un enfant qui présente le moindre soupçon de maladie, car la préservation de la vie repousse tout : il sera toujours possible de circoncire ultérieurement, mais on ne pourra pas ramener une âme disparue.[14] »[15] De plus, la Torah dispense de la circoncision les enfants ayant des antécédents familiaux d’hémophilie. Aharon Altabé ajoute une précision de toute importance : « En pratique, bon nombre de mohalim[16] se recrutent aux différents étages des fonctions rabbiniques, parmi les membres du corps médical, réputés à tort ou à raison comme mieux qualifiés.[17]» Si des raisons médicales imposent le report tardif de la circoncision de l’enfant, elle sera effectuée en milieu chirurgical par un médecin mohel. Il en sera de même pour les adultes prosélytes. Aux frais des familles, cela va de soi. En conclusion, pas de problème de dégrèvement du budget de la Sécurité sociale avec la communauté juive, s’organisant en son sein pour pouvoir assurer ce rite dans le respect commun de ses obligations légales et religieuses.

Pour la communauté musulmane, le problème se pose. Si dans les pays du Maghreb, en Turquie ou ailleurs, des anciens perpétuent ce geste ancestral, il n’en est pas de même en France. A ma connaissance, le Conseil Français du Culte Musulman ne s’est toujours pas attaché à traiter à bras le corps cette problématique parmi beaucoup d’autres[18]. Il serait temps de s’y mettre et sans faux semblants, s’il vous plaît ! Si de nombreux petits musulmans sont circoncis au pays pendant les vacances, plus nombreux le sont dans les hôpitaux publics aux frais de l’Etat français. Pendant combien d’années cette situation franchement inadmissible va-t-elle encore perdurer ? En dehors du problème financier, s’ajoute celui de l’encombrement des blocs opératoires, de la réquisition de lits d’hospitalisation, de la monopolisation des personnels de santé, etc. qui sont déjà débordés pour répondre équitablement aux demandes de prises en charges médicales justifiées par l’état de santé des patients.

Mes propositions : dans l’attente de la mise en place par le CFCM d’une équipe de circonciseurs musulmans qui exercera dans des locaux privés (éventuellement, les mosquées), les ordonnateurs des circoncisions rituelles seront les payeurs, c'est-à-dire les parents ou les nouveaux convertis à l’islam et certainement plus la Sécurité sociale, organisme public et laïc, qui se doit de le rester dans l’intérêt de la collectivité nationale.  

A cette problématique, s’ajoute la bêtise humaine. Sur tout nouveau-né est pratiqué systématiquement dans les jours suivants sa naissance une prise de sang pour connaître ses constances biologiques et y déceler une éventuelle anomalie. A la demande du mohel, les parents juifs demandent au médecin d’y ajouter les temps de coagulation. Quelques gouttes de sang supplémentaires à prélever… et quelques euros de frais que les parents s’engagent à prendre en charge. De nombreux praticiens refusent d’ajouter cet examen à la liste établie par les autorités sanitaires. Comme les résultats de cet examen sont la condition sine qua non pour que la circoncision puisse être planifiée, comment réagissent les parents devant ces refus sans appel ? Dès sa sortie, le nouveau-né de 3-4 jours est présenté à une infirmière de ville qui pratiquera l’examen manquant sur présentation de l’ordonnance du médecin / mohel. Les difficultés engendrées par cette bataille idéologique ? 1. L’infirmière de ville n’a pas toujours la dextérité d’une puéricultrice exerçant en maternité pour piquer un nouveau-né. 2. L’enfant subit deux prises de sang en quasiment 48 heures au lieu d’une seule. Quelque soit le point de vue des personnels de santé, examens préopératoires et circoncision seront pratiqués. Il serait souhaitable que chacun fasse en sorte que cela se passe dans les meilleures conditions pour les nourrissons.

À tous ceux qui s’interrogent sur le bien-fondé de la circoncision par les fidèles du judaïsme et de l’islam (que l’on retrouve en Afrique traditionnelle animiste, entre autres communautés), pratique ne se référant pas à une prescription hygiénique – même si les instances médicales reconnaissent aujourd’hui que la circoncision permet la prophylaxie de nombreuses maladies sexuellement transmissibles – mais à un rite religieux, permettez moi de redonner la parole au Docteur Aharon Altabé pour nous relater un extrait du Talmud : « Turnus Rufus demanda à Rabbi Akiba quelles sont les meilleures choses entre celles créées par Dieu et celles de la main de l’homme. “Celles de Dieu”, répondit Rabbi Akiba. “Si c’est ainsi, pourquoi faire la circoncision ? poursuivit Turnus Rufus. L’œuvre de Dieu n’est-elle pas suffisante ?” Rabbi Akiba répondit en présentant des épis de blé et du pain. “Voici l’œuvre de Dieu et voici celle de l’homme, que préfères-tu ?” Turnus poursuivit en disant : “Si Dieu veut la circoncision, pourquoi ne pas avoir créé l’homme circoncis ?” Et Rabbi Akiba de répondre : “Et pourquoi l’enfant naît-il avec un cordon ombilical qu’il faut couper ?” ».[19] 

 

[1] L’hymen est lamembrane qui ferme plus ou moins complètement l’entrée du vagin de la femme vierge. Au premier rapport sexuel, elle est déchirée, partiellement ou non.

[2] L’hymen de la discorde, Claire Legros, La Vie, n° 3105, 3 mars 2005.

[3] Site : www.oumma.com

[4] L’hymen de la discorde, Claire Legros, La vie, n° 3105, 3 mars 2005.

[5] Il est impossible d’avoir une connaissance précise de l’étendue des demandes puisque des médecins n’hésitent pas à falsifier les dossiers médicaux en y notant volontairement des conclusions erronées de leur examen clinique.   

[6] Like a virgin, Waffa Lrhezzioui, TelQuel, Casablanca. Repris dans DirectMatin, n° 617, 15 février 2010.

[7] Exode 20, 13.

[8] Cette information est erronée : la circoncision dans le judaïsme est pratiquée par un mohel, au huitième jour de l’enfant (si son état de santé le permet), au domicile des parents ou dans un lieu privé de leur choix, aux frais de ses parents.

[9] En gras, dans le texte initial.

[10] L’auteur de cet ouvrage vous propose de méditer sur ce verset du Lévitique : « Vous ne déroberez point, et vous n’userez ni de mensonge ni de tromperie les uns envers les autres. » (19, 11).

[11] En gras, dans le texte initial.

[12] Décret n° 95-1000 du 6 septembre 1995, article 41.

[13] L’opposition de la personne à l’acte médical, Université de Tours, Faculté de droit, d’économie et de sciences sociales. Thèse présentée et soutenue le 5 juillet 1993.

[14]Veyikaré ChemoRecueil sur la naissance et la circoncision, Gil Wern éditions (1996).

[15] En référence aux versets Genèse 17, 10 ; Lévitique 12, 13.

[16] Pluriel de mohel.

[17] La circoncision, Actualité Juive Hebdo, n° 411, janvier 1995.

[18] Pour en savoir un peu plus, se référer à mon ouvrage « Français et musulman : est-ce possible », entretiens dirigés avec Khalil Merroun, recteur de la mosquée d’Evry, Presses de la Renaissance (2010).

[19] Veyikaré Chemo, Recueil sur la naissance et la circoncision, Gil Wern éditions (1996).

 

 

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